Ils viennent vous chercher entre 2 heures et 2 heures et demie du matin, vous êtes dans le gaz, car vous aviez commencé votre nuit. Vous roulez 4 heures en minibus sur une route caillouteuse. Vers 6 heures, ils vous réveillent pour prendre un petit déj, et payer votre entrée au parc (ça, au Pérou, faut douiller, les amichs.)
Vers 8 heures, 8 heures et demie du matin, vous arrivez au canyon de Colca, le deuxième plus profond au monde, bien plus grand que le grand canyon, quoique trés différent. (Le plus profond du monde, il est aussi au Pérou, c'est pas le grand canyon non plus.) Et là, vous êtes consterné : des milliers d'autres touristes sont aussi là, à côté de vous, les bus vomissent et vomissent un flot ininterrompu de gens de toutes les nationalités.
C'est pas grave. Vous vous posez sur un rebord du "Mirador", et l'attente, silencieuse en principe, sauf si vous avez des hollandais ou des russes relous à côté de vous (mais c'est pas grave, suffit de les pousser dans le précipice), commence.
Vous êtes là pour voir des condors. Pas un condor, pas deux, des TAS de condors. Vous êtes assise à un endroit qui s'appelle "Cruz del Condor" de toute façon. Alors, si vous en voyez pas, ça sera pas faute d'avoir essayé...
Vers 9 heures, un cri monte de la foule : là ! Vous le voyez s'élever, il est majestueux. Il a des ailes immenses, trés longues, qui ne bougent presque pas. Il monte en tournant lentement, trés lentement, en utilisant un courant d'air chaud ascendant qui lui permet de ne presque pas faire d'effort et surtout, de ne presque pas bouger ses ailes.
Les appareils photo crépitent. Parce que vous surplombez le canyon, vous pouvez le voir du dessus: il a la majeure partie de ses ailes blanches sur le dessus, alors que le reste du corps est noir, ou brun. Il a une sorte de bouée blanche autour du cou. Surtout, il est archi-silencieux, il glisse dans l'air, rapide comme une torpille et si immobile alors qu'il vole que vous avez l'impression de le voir au ralenti.
Quelques uns de ses amis le suivent... Et puis, plus rien. Pendant... 45 minutes. Vous scrutez le canyon, mais leur habitat est au creux de la falaise et il est impossible de les voir. Vous patientez, parce qu'ils vont re- monter, c'est sûr...
Vers 10 heures moins le quart, le soleil et l'air sont bien plus chauds. C'est alors qu'ils décident tous de sortir : ils s'élèvent, lentement, en tourbillonnant, comme des vautours, et vous les voyez passer sous votre nez ébahi, vraiment tout près de vous.
Comme d'habitude, j'ai presque fondu en larmes... C'est une manie chez moi. Vous imaginez, si je devais présenter une émission sur les animaux rares de la planète, genre les animaux du monde, ou je sais pas ?
"Et voici, chers téléspectateurs, la --bouhouhouhouhou-- baleine a bosse" "le wapiti, beuheuheu; snif; attendez, je me mouche."
Bref. C'est incomparable à voir, indescriptible, magnifique. Un condor, c'est tellement impressionant déjà par ses dimensions (c'est le deuxième plus grand oiseau au monde après l'albatros, et l'envergure de ses ailes peut atteindre 3m. 50. 3M50 !!), mais c'est surtout sa grâce et sa noblesse qui frappe quand on le voit de près. Comme d'hab j'ai des photos pourries, vous savez, parce que je suis incapable de me ressaisir sous le coup de l'émotion. Mais c'est pas grave. Tout est là, dans mon cerveau, dans mes mirettes, dans mon souvenir.
C'est un moment mémorable, inimaginable. Voilà, fallait que je le partage avec vous. Et vous, c'est quand que vous venez les voir ?
Superbes photos ! C'est vrai que c'est impressionant, les condors..J'ai vu ton blog en page d'overblog, je crois que je viendrai souvent y faire un tour !Bonne suite !