14 Mai 2007
Eh oui, car en dehors de Voici et Closer, je lis des trucs!
Bon c'est surtout grâce au fait que la télé, my best fwend,
est décédée il y a un mois...parce que sinon je serais encore scotchée devant...
Smara
"Carnet de route d'un fou du désert"
de Michel Vieuchange
Edition Phébus Libretto
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Alors c'est l'histoire d'un gars, en 1930, qui décide avec son frère de monter une expédition insensée pour aller découvrir la ville-forteresse de Smara, en plein coeur du désert mauritanien. Comme c'est une région remplie de brigands, et que les "roumis" sont menacés de mort à chaque instant s'ils sont découverts, il voyage avec des bédouins, à pied et à chameau, déguisé en femme berbère, et même parfois caché dans un panier à sucre, apprenant leur langue et se pliant à leurs coutumes, mais toujours caché.
La description, du point de vue d'un français, des moeurs berbères, de leur mode de vie rudimentaire, et de leur univers au contact des montagnes et du désert impitoyables est bouleversifiante. A travers ses compte-rendus en style télégraphique, mi-journalistiques, mi-poétiques, le récit de son douloureux cheminement est poignant, non seulement parce qu'il atteindra son but, mais qu'il le paiera de sa vie. (sans déc? si.)
Extraits
"Je ne puis dire le réconfort que je trouve à ceci : que malgré que je ne sois pas en marche...le pied que je soigne, quand je compte mes comprimés, répare mes guenilles, mange de l'orge, m'interdis trop de dattes, attends plusieurs jours, tout sert à cet acte : le premier depuis notre naissance, comblant nos désirs, nous ouvrant d'autres chemins que ceux déjà suivis, ceux où nous voulions à tout prix nous engager. L'attente est pourtant dure ici, surtout que le but est encore à atteindre. Pourtant je ne puis trouver insipides ces jours où je m'ennuie, mais où, certaines heures, le feu du désir, de la chose retrouvée (car je la perds) me fait perdre la connaissance de la terre dure, des poux, des pieds, des longues heures inactives - m'entraîne dans son cercle d'or."
"Noter aussi à certains moments, sur la bête, assailli par le soleil, la fatigue, ce moi satisfait qui se dresse sur ses ergots, respirant le goût même de l'action, dans le feu purifiant même de l'acte. Se sentir enfin dedans, au coeur même, quel bonheur, quelle force cela donne. La tête éclate de joie, malgré la souffrance, les courbatures, le soleil, la soif.
Comme un refrain on dit :
Cette chose nous l'avons voulue. Nous l'accomplissons. Nous marchons vers le but armé de tous ces jours d'attente, de tout ce qui fermenta en nous depuis notre naissance."
"Dans cette attente pénible, Smara devient pour moi une chose aride. Moi-même tout entier me dessèche pour ainsi dire; ma tête se resserre autour de cette seule volonté que je sens en moi, dure, irrévocable : en finir, atteindre mon but. Et cette évocation même ne me donne point de joie.(...) je n'ai aucune parcelle de douceur en moi. Je ne puis penser aux miens, à l'avenir, au passé. Je me sens dans un éloignement, une solitude presque inhumaine. Une seule chose s'impose qui n'admet pas qu'un instant je m'en sépare. Je n'ai plus de ces craintes, oued Dra enflé, puits desséchés, hommes de mauvaise volonté, fourberie des chikhs, rien de tout cela.
Les jours ne comptent plus. Je suis un peu comme le joueur qui perd et qui s'entête."
Si vous êtes comme moi, "un peu" extrême, vous allez adorer...
Bon, c'est pas le tout, moi je retourne à mes cartons!
Saucisse
(14/07/2007)